Vendée Globe 2020 : le journal de bord
Modifié le 17/11/2020 à 11:23
Semaine 5 : L’écart se resserre en tête flotte, Kevin Escoffier sur la terre ferme, Amedeo abandonne
Dimanche 13 décembre - jour 35 : Leeuwin est en ligne de mire ! Le trio de tête devrait franchir le deuxième cap de ce Vendée Globe dans la journée. Le leader Charlie Dalin (Apivia) devrait être le premier à le passer mais l'écart avec Thomas Ruyant (LinkedOut), deuxième à 62 milles, et Yannick Bestaven (Maître Coq IV), troisième à 68 milles, se resserre au fil des heures.
Derrière à bord de Charal, Jérémie Beyou est désormais 25e après avoir doublé son deuxième concurrent, Sébastien Destremau. En milieu de flotte, Armel Tripon (Occitane en Provence) poursuit sa folle remonté et s'éclate sur son bateau : « Là, je suis au petit dej’ du dimanche matin avec des œufs au curry. Et il commence à cailler sérieux ! Il m’est arrivé une histoire incroyable. J’avais préparé toutes mes compils et mes podcasts sur deux téléphones et je ne sais pas pourquoi, j’ai tout perdu. Heureusement, mon caméraman/vidéaste m’a sauvé. Il m’avait donné avant le départ un disque dur plein de musiques et de films. Ça me sauve, parce que sans musique, c’est triste. Il y a des moments qui sont fabuleux à vivre, c’est encore mieux de les vivre en musique ».
Samedi 12 décembre - jour 34 : On s’approche de la mi-parcours et les cartes semblent totalement rebattues à l’avant de la flotte. À la sortie de l’énorme dépression qu’il a traversée, Charlie Dalin (Apivia) s’est englué dans une zone de pétolle et a vu son avance fondre comme neige au soleil. « J’ai traversé une zone de molle. Je ne suis pas de nature à me plaindre mais entre le coup de vent que je suis seul à m’être pris et maintenant la pétole que je suis seul à me prendre, ça commence un peu à me peser. Ça suffit ! J’espère que c’est le dernier épisode, peste Charlie Dalin. Apivia est en pleine forme. J’ai vu que ça supputait… J’ai juste eu des problèmes techniques de « pas de vent ». C’est sûr qu’hier, quand je voyais les autres qui allaient à 19 nœuds et moi à 3 nœuds… Ça veut dire que tu perds 16 milles par heure… Et ça, c’est dur à avaler. »
Résultat les trois hommes sur le podium se tiennent en 80 milles. Et la palme d’or de la remontée est décernée à Yannick Bestaven (Maître Coq IV). Le marin, qui doit bon épicier d’un bonus temps après avoir été dérouté par la direction de course pour sauver Kevin Esccofier, est le plus rapide des dernières 24h et carbure à 19 noeuds constants. Il y a 72 h « Besta » accusait 360 milles de retard sur Dalin. À 9 h, Bestaven est donc à 10 milles de Thomas Ruyant (LinkedOut) qui essaie de tenir sa deuxième place à 70 milles de Dalin.
Derrière, premier objectif coché pour Jérémie Beyou depuis son deuxième départ des Sables. Le skipper Charal a doublé son premier concurrent, Ari Huusela. « Ça fait vraiment du bien, et du bien de voir du monde autour, confie Jérémie. Je voulais réussir la jonction avec le groupe avant le cap de Bonne-Espérance. C’était important pour moi de réussir cet objectif, c’est une petite victoire. »
Vendredi 11 décembre – jour 33 : Nouveau coup dur sur le Vendée Globe ! Fabrice Amedeo qui est privé de son deuxième ordinateur de bord depuis jeudi, navigue sans informations météo. Sa décision de continuer, ou non, le Vendée Globe « à l’aveugle » a donc été prise : "Il est possible de continuer à l’ancienne, sans information et de traverser ainsi les mers du Sud. Mais je veux pouvoir naviguer selon un principe qui a toujours été le mien : en bon marin et en ayant le sentiment de maîtriser ma sécurité. J’ai donc décidé d’arrêter à Cape Town mon Vendée Globe".
C’est compliqué aussi pour le Vendéen Manuel Cousin qui a constaté une importante fissure sur le casque de son safran bâbord. Après une nuit de réparation, il devrait pouvoir reprendre sa route : « J’ai la chance d’avoir eu des conditions météo me permettant de réparer cette nuit. Il faut voir le côté positif ! J’ai peut-être perdu quelques places, mais je suis toujours en course, et c’est le plus important ».
Actuellement en deuxième position du classement, Thomas Ruyant continue d’avancer avec son foil bâbord tronqué, mais pas aussi vite qu’il le souhaiterait : « Les conditions de navigation à venir sont chouettes parce qu’il n’y a pas de coup de vent de prévu, si ce n’est un petit passage en arrière d’une dépression, et encore : ça peut changer et le « timing » aussi. Mais ce que je vois jusqu’à la Nouvelle-Zélande, ce n’est que du tribord amures ! Ça ne m’arrange pas des masses… Mais je fais avec : j’essaye de trouver le bon fonctionnement du bateau avec mon foil bâbord abîmé ».
Et en ce vendredi 11 décembre, profitons-en pour fêter un joyeux anniversaire à Clément Giraud ! Le navigateur toulonnais, 24e au classement, passe le cap des 40 ans après avoir franchi les 40e rugissants.
Jeudi 10 décembre - jour 32 : Après quatre jours à bord de la frégate Nivôse et plusieurs jours sur l’Imoca de Jean Le Cam, Kévin Escoffier (PRB) est de retour sur terre. Le marin, en tenue de la marine nationale, est arrivé à 6 h 30 heures françaises à la Réunion. « Je suis toujours un peu mélancolique aujourd’hui à terre, confie Escoffier. J’ai profité avec Jean Le Cam, c’était une très belle histoire. J’ai profité avec les marins du Nivôse, c’était une très belle histoire aussi. » Le naufragé soulagé n’a pas manqué de remercier une nouvelle fois ses sauveteurs : « Je remercie la marine nationale, Jean Le Cam, l’organisation de course. Je remercie aussi mon équipe technique, l’équipe PRB. » Kevin Escoffier a maintenant « hâte de retrouver » sa famille pour qui « ça a été beaucoup plus compliqué que pour moi ». « Nous, on vit notre passion et on impose à ceux qui nous aiment certains événements que l’on voudrait éviter ! »
Côté course, Thomas Ruyant (LinkedOut) tente de réduire l’écart avec Charlie Dalin (Apivia) mais le leader cavale toujours après 24 h de labeur dans la tempête de l’Océan Indien. « Le vent sifflait dans le mât, les rafales étaient impressionnantes. J’étais vraiment à la limite, il y a eu quelques heures assez tendues, explique Dalin. Ça allait trop vite avec le tourmentin, ça tapait trop et j’ai dû faire de la grand-voile seule pendant un moment. Et même là à un moment, je ne savais plus quoi faire pour ralentir parce que le bateau allait vraiment vite. » Heureusement, le bateau est sorti sans dommage et le marin aussi malgré les traces laissées par cette épreuve : « Ça a été 24 heures très éprouvantes. Ça commence à aller mieux mais je sens que je suis marqué par cet épisode. Je crois que j’ai gagné mes galons de navigateur des mers du Sud. »
Mercredi 9 décembre - jour 31 : "La tempête la plus puissante de ce début de Vendée Globe" est passée sur Charlie Dalin et le leader de la course a traversé sans encombre l'énorme dépression qui passait sur son chemin. Le skipper d'Apivia s'apprête désormais en ce début de journée à sortir de ce système météo périlleux. "C'est un peu la guerre dehors", témoigne même Dalin à travers une vidéo envoyée depuis son monocoque. A terre, toute son équipe s'est réunie dans la nuit pour veiller sur lui pendant qu'il se faisait secouer par des rafales à 55 noeuds. Mais les dieux de la mer semblent être avec Charlie Dalin sur ce Vendée Globe. "RAS à bord" envoyait le marin à son équipe pour les rassurer. Au petit matin, Charlie Dalin a même accentué son avance sur Thomas Ruyant (LinkedOut) qui accuse 278 milles de retard.
En milieu de course, en revanche, ce n'est pas la joie. "C’est un véritable calvaire. J’ai l’impression d’être puni sur ce Vendée Globe, tous les pièges me tombent sur la gueule, peste Stéphane Le Diraison (Time For Oceans). 17e de la course, le marin s'est fait doublé par Arnaud Boissières. "Je ne veux pas faire mon Calimero mais quand je vois que ‘Cali’ reprend 700 milles alors que je suis arrêté dans l’anticyclone… C’est hallucinant dans l’histoire de la course de perdre 700 milles en deux jours ! Je suis au bord de la crise de nerfs ! Il y a 4 mètres de vagues et 4 nœuds de vent. On se fait massacrer, on n’avance pas : ça roule, ça tape… J’ai parfois l’impression de faire le tour du monde à l’envers."
Mardi 8 décembre - jour 30 : Matosser, se mettre en sécurité, garder la bonne trajectoire. Le leader du Vendée Globe Charlie Dalin (Apivia) s’apprête à traverser « la tempête la plus puissante » qu’il a eu à affronter depuis le début de la course. Rafales à plus de 55 nœuds et 5 mètres de creux sont au programme de cette dépression au cœur de l’Océan Indien. « Charlie essaie de tout faire pour passer le plus au Nord de la dépression », confie Jacques Caraës afin d’éviter les conditions les plus terribles.
Derrière Thomas Ruyant (LinkedOut) et Jean le Cam (Yes We Cam !) ont déjà mis le cap plus au nord pour se préserver du plus gros de la dépression. Damien Seguin est lui rattrapé par des problèmes de pilote automatique et perd des places au classement. « Dans la nuit de dimanche à lundi, les problèmes sont survenus juste après un empannage. Je ne pouvais quasiment plus quitter le cockpit, le bateau faisait n’importe quoi... J’ai bricolé toute la journée et j’ai récupéré une partie de l’usage du pilote de secours, témoigne le skipper de Groupe Apicil. La route est longue, je suis fier de ce premier tiers de course et on va tout faire pour continuer ».
Même combat pour Louis Burton (Bureau Vallée 2) qui a cédé sa place de troisième à Yannick Bestaven (Maître Coq IV). Le marin s’est réfugié dans une zone sans vent afin de procéder à un atelier voilerie. « Si j’y arrive (à réparer sa voile) j’espère que mon investissement sera rentable et que je pourrai retourner chercher la 3e place ou la seconde place. »
Lundi 7 décembre - jour 29 : Pour entamer cette nouvelle semaine de course, Charlie Dalin (Apivia) est toujours en tête. Derrière lui le match entre Thomas Ruyant (LinkedOut) et Louis Burton (Bureau Vallée 2) bat son plein. Les deux hommes ne cessent de s’échanger la place de dauphin mais réduisent l’écart avec le leader même si Dalin conserve toujours 200 milles d’avance sur Burton et 171 sur Ruyant.
Si Louis Burton a pris l’option sud direction les îles Kerguelen, Apivia et LinkedOut fonce à plus de 20 nœuds, cap vers l’Est, en approche du front qui les attend. « Ce sont des conditions assez sport et il faut réussir à vivre à ces vitesses-là », témoigne Ruyant. Mais l’heure est au choix et à l’analyse des derniers fichiers météo pour prendre la meilleure des décisions pour traverser le front en approche. « Cela fait plusieurs jours qu’on voit qu’une dépression se creuse au long du front et qu’elle se renforce. J’essaie de trouver la trajectoire la plus safe possible, d’adapter ma vitesse en fonction de l’endroit où je veux passer, détaille le skipper nordiste. L’Option sera conservatrice en prenant cette dépression par son nord pour éviter les vents les plus violents estimés à 35 nœuds : la mer sera assez démontée, on va essayer de passer au meilleur endroit possible pour préserver le bateau et le marin. »
Les pages de ce dossier
- Semaine 1 : Beyou fait demi-tour et Le Cam tient tête aux foilers
- Semaine 2 : Troussel abandonne, Beyou repart et bascule dans l'hémisphère sud
- Semaine 3 : Alex Thomson jette l'éponge, Thomas Ruyant coupe son foil et Charlie Dalin caracole en tête
- Semaine 4 : Kevin Escoffier sauvé par Jean Le Cam, Samantha Davies et Sebastien Simon abandonnent
- Semaine 5 : L’écart se resserre en tête flotte, Kevin Escoffier sur la terre ferme, Amedeo abandonne
- Semaine 6 : Réparations réussies pour Dalin et Burton, Yannick Bestaven nouveau leader
- Semaine 7 : chassés-croisés de Noël
- Semaine 8 : Bestaven toujours en tête, les premiers passages du Cap Horn
- Semaine 9 : Isabelle Joschke abandonne après le cap Horn, le top 10 remonte l'Atlantique
- Semaine 10 : Dernière ligne droite vers les Sables-d'Olonne, Louis Burton en tête à l'Équateur et Sébastien Destremau abandonne
- Semaine 11 : Bataille pour la victoire et fin des mers du sud pour les derniers de la flotte
- Semaine 12 : les folles premières arrivées, la victoire de Bestaven
Sites partenaires