Vendée Globe 2020 : le journal de bord
Modifié le 17/11/2020 à 11:23
Semaine 11 : Bataille pour la victoire et fin des mers du sud pour les derniers de la flotte
Dimanche 24 janvier - jour 77 : Nouvelle passe d'armes à quelques encablures de l'arrivée. C'est Louis Burton (Bureau Vallée) qui devance désormais Charlie Dalin (Apivia) de 12,67 miles nautiques et Boris Hermann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco) de 49,48 miles nautiques. Thomas Ruyant suit à 128.95 mn. Yannick Bestaven (Maître Coq) a pris un risque assumé en contournant l'archipel des Açores par le nord (+ 262,08 mn). "Je suis allé cherché des vents plus forts. Je tente des coups pour ne rien avoir à regretter sur la ligne d’arrivée. Tous les espoirs sont permis !" Quant à Romain Attanasio, 13e (Pure-Best western), est très frustré de sa situation, bloqué par le pot au noir. "Je vais jamais sortir d’ici, je sais pas ce que j’ai mérité pour avoir ça. J’espère que ça va redémarrer "
Samedi 23 janvier - jour 76 : Charlie Dalin (Apivia) conserve la tête de la flotte avec 34,7 miles nautiques d'avance sur Louis Burton (Bureau Vallée) et 61,8 mn sur Boris Hermann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco). Le trio de tête file à 18 noeuds de moyenne. En 4e position, Thomas Ruyant (LinkedOut) croit encore en ses chances. "Je souffre un peu depuis 8 jours sur le même bord. Il ne Faut rien lâcher tout peut encore se passer y a quatre jours de navigation à block pour finir sans regret." Les skippers rencontrent des éléments perturbateurs : Maxime Sorel et Clarisse Cremer rencontrent des sargasses (algues) qui envahissent le pont et plus délicat, peuvent s’accrocher aux safrans. Plus loin, Romain Attanasio (Pure-Best western) est bien bloqué en plein dans le pot au noir. Sam Davies (Initiatives Coeur), hors course mais bien décidée à terminer son tour du monde, vient de passer le mythique Cap Horn.
Vendredi 22 janvier - jour 75 : L’étrave pointe désormais vers les Sables-d'Olonne ! Louis Burton a nettement repris du terrain dans la nuit de jeudi à vendredi, passant devant Boris Herrmann, pour se positionner à 16 nœuds du leader Charlie Dalin (Apivia). Burton tire profit de son décalage à l’Ouest pour toucher en premier une dépression et est naturellement le plus rapide de la flotte sur les dernières 24 heures. « Ça bombarde, j'ai enfin attrapé, enfin je dis enfin, je l'ai attrapé au moment où il fallait l'attraper, mais ça a été long pour aller chercher un vent plus fort », témoignait à l’AFP Louis Burton.
Le skipper Malouin est désormais focus sur la dernière semaine de course et cherche « le meilleur rapport entre vitesse instantanée et vitesse de rapprochement au but ». « C'est une course de vitesse, rappelle Burton. Contrairement à l'option que j'ai prise et qui m'éloignait de la route directe, là ça va être de trouver le meilleur compromis entre cap et vitesse. Chaque empannage est un passage à niveau, si tu ne le gères pas bien tu te plantes. Après il faut faire attention, depuis quelques jours il y a de plus en plus de cargo, de plaisanciers, y a du monde. Faut faire très attention, les collisions peuvent arriver. C'est un autre écueil dans lequel il ne faut pas tomber ».
Dans le tableau de chasse des deux premiers, les bonifiés Boris Herrmann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco) et Yannick Bestaven (Maître Coq IV), mais aussi Thomas Ruyant (LinkedOut), sont à moins de 140 milles du leader. Damien Seguin (Groupe Apicil), qui prend le virage le plus serrer possible à l’Est pour raccourcir sa distance au but, résiste et pointe à la cinquième place.
Jeudi 21 janvier - jour 74 : Nouveau bouchon en vue sur le Vendée Globe. Décidément, les dieux de la mer ont décidé de nous livrer un suspense jusqu’au dernier jour de course ! Si Charlie Dalin (Apivia), le leader, et Louis Burton (Bureau Vallée 2) semblait avoir pris une option en creusant l’écart, les voilà piégés par l’anticyclone des Açores qui se décalent vers l’Est. Les deux marins s’apprêtent à voir leurs poursuivants recoller à vitesse grand V. Yannick Bestaven (Maître Coq IV) a donc repris du poil de la bête : « Je suis dans des alizés d’Est entre 17 et 18 nœuds : je peux donc remonter assez vite vers les Açores ! Ce n’est pas mal du tout surtout que je suis sous-toilé devant et sous-toilé derrière parce que j’ai des problèmes avec mon J2. »
L’objectif est de tout tenter jusqu’à l’arrivée sans nourrir de regrets. « Il y aura pas mal de manœuvres pour rallier les Sables ! Des empannages, des passages de front : ce n’est gagné pour personne encore… Surtout que j’ai toutes mes voiles de portant : j’ai pu réparer un peu mes enrouleurs et j’ai en dehors de mon grand spinnaker, un gennaker de tête et un de capelage, explique le marin qui bénéficie de 10 h 15 de bonification suite au sauvetage de Kevin Escoffier. Je n’ai rien à perdre puisque je suis actuellement à la cinquième place et certains ont des problèmes techniques à résoudre. Cela donne envie de tenter des options ».
Boris Herrmann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco) continue de progresser et monte à la deuxième place à 75 milles de Dalin. « Je me sens bien. La semaine qui arrive sera la plus incroyable du Vendée Globe et de tous les Vendée Globe. Les six ou sept bateaux de devant peuvent être proches les uns des autres et Jean Le Cam aussi. Les bonus de temps vont entrer en jeu. Ce sera une semaine difficile, mais j'ai vraiment hâte d'y être. »
Mercredi 20 janvier - jour 73 : La fin des alizés de Nord-Est s’approche pour les leaders et les prochaines heures s’annoncent un peu plus complexes avec le contournement des hautes pressions. Centrées sur Madère, cette barrière anticyclonique annonce du vent plus faible avant d’aller chercher le système des dépressions hivernales. « Le vent va commencer à sérieusement faiblir en fin de journée et la nuit prochaine sera bien différente de celle-ci. On va s’approcher de la transition vers le train des dépressions. Plus que deux jours avant qu’on se retrouve au Nord de la dorsale pour récupérer des vents portants », analyse Carlie Dalin.
Pour la 185e fois, Dalin est en tête du Vendée Globe devant Louis Burton (Bureau Vallée 2), skipper le plus rapide de la flotte sur les dernières 24 heures. Mais les deux marins ont opté pour une route différente depuis la sortie du pot au noir : « J’ai choisi l’intérieur du virage et on verra ce que ça donne par rapport à Louis qui a opté pour l’extérieur. Mais je pense qu’on va se retrouver sous les Açores. »
Burton et Dalin pourraient donc se retrouver au carrefour des Açores avant de mettre le cap sur les Sables. « J’arriverai aux Sables-d'Olonne entre le 27 et le 28 janvier. Mais il va falloir enchaîner les empannages et les changements de voile : il y aura encore du travail d’ici l’arrivée et il faudra bien gérer les fronts, les bascules…, prévient Dalin qui a conscience qu’il devra rester concentré jusqu’au bout. Il va falloir être en forme, le plus reposé possible ou le moins fatigué possible ! Et lucide. »
Onzième, Armel Tripon (Occitane en Provence) a franchi l’équateur 22 heures après Maxime Sorel (V and B Mayenne) qu’il espère doubler d’ici l’arrivée. Direction le pot au noir désormais pour le Nantais.
Mardi 19 janvier - jour 72 : L’arrivée se précise de jour en jour mais le scénario final n’est toujours pas écrit. Les skippers sont à moins de 3000 milles des Sables-d'Olonne et les différentes stratégies commencent à s’établir en fonction de l’état du bateau de chacun. Handicapé par son foil bâbord sur lequel il ne peut pas s’appuyer, Charlie Dalin (Apivia) serre le vent dans une trajectoire plus à l’Est pour emprunter une route plus courte et la plus directe possible.
Louis Burton (Bureau Vallée 2) a accumulé les pépins mais son Imoca, vainqueur en 2016 avec Armel Le Cléac’h, se comporte à merveille avec ses deux foils. À 9h, le Malouin chute à la 4e place du fait de sa position très à l’Ouest mais la cartographie le montre bien au-dessus de ses concurrents. Toujours le plus rapide, il a décidé d’attaquer et d’aller chercher les hautes pressions pour toucher en premier la dorsale d’une dépression dans quatre jours qui propulsera les skippers vers les Sables. Pendant ce temps-là, tout le monde va bénéficier d’un vent stable dans cette fin de remontée de l’Atlantique et les différentes stratégies de trajectoire vont voir le jour.
Les sept poursuivants semblent donc enfin sortis du tenace pot au noir ! Thomas Ruyant (LinkedOut) suit le sillage de Charlie Dalin et remonte à la deuxième place. Damien Seguin (Groupe Apicil) reste au contact et semble prendre une trajectoire très est pour tirer profit de son bateau à dérives droites. Boris Herrmann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco) reste 6e mais l’Allemand est à hauteur de Thomas Ruyant et va chercher à exploiter toute la vitesse de son bateau avec ses foils de dernière génération.
Maxime Sorel (V and B - Mayenne) ferme le top 10. Il a franchi l'Équateur dans la nuit et entre dans le pot au noir avec l'opportunité de calquer sa route sur celle de ses concurrents à l'avant pour emprunter le chemin le plus rapide.
Lundi 18 janvier - jour 71 : Et si le Vendée Globe était en train de se jouer là ? Le groupe de tête s’est retrouvé collé dans un pot au noir bien plus coriace que prévu. Dans la partie tactique, Charlie Dalin (Apivia) et Louis Burton (Bureau Vallée 2) ont été les plus forts, ou les mieux lotis ! Arrivés en tête à l’Équateur, ils sortent désormais au coude à coude de cette fameuse zone de convergence intertropicale. Les deux marins cavalent à 14 nœuds de moyenne pendant que leurs poursuivants sont toujours englués dans le pot au noir et tentent tant bien que mal d’en trouver la porte de sortie. Plus à l’Ouest, Louis Burton est à 41 milles de Dalin qui garde provisoirement la place de leader. Thomas Ruyant (LinkedOut), troisième, est relégué à 102 milles d’Apivia et s’efforce de tenir le sillage des deux premiers.
Boris Herrmann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco), sixième, est aussi engagé vers l’ouest comme Ruyant et devrait bientôt sortir du pot au noir pour exploiter à nouveau toute la puissance de son monocoque à foils. Damien Seguin (Groupe Apicil) et Yannick Bestaven (Maître Coq IV, respectivement quatrième et cinquième, avancent entre 2 et 7 nœuds et pourraient perdre davantage de terrain dans les prochaines heures.
Suite à son abandon samedi, Sébastien Destremau est arrivé au port de Christchurch en Nouvelle-Zélande.
Les pages de ce dossier
- Semaine 1 : Beyou fait demi-tour et Le Cam tient tête aux foilers
- Semaine 2 : Troussel abandonne, Beyou repart et bascule dans l'hémisphère sud
- Semaine 3 : Alex Thomson jette l'éponge, Thomas Ruyant coupe son foil et Charlie Dalin caracole en tête
- Semaine 4 : Kevin Escoffier sauvé par Jean Le Cam, Samantha Davies et Sebastien Simon abandonnent
- Semaine 5 : L’écart se resserre en tête flotte, Kevin Escoffier sur la terre ferme, Amedeo abandonne
- Semaine 6 : Réparations réussies pour Dalin et Burton, Yannick Bestaven nouveau leader
- Semaine 7 : chassés-croisés de Noël
- Semaine 8 : Bestaven toujours en tête, les premiers passages du Cap Horn
- Semaine 9 : Isabelle Joschke abandonne après le cap Horn, le top 10 remonte l'Atlantique
- Semaine 10 : Dernière ligne droite vers les Sables-d'Olonne, Louis Burton en tête à l'Équateur et Sébastien Destremau abandonne
- Semaine 11 : Bataille pour la victoire et fin des mers du sud pour les derniers de la flotte
- Semaine 12 : les folles premières arrivées, la victoire de Bestaven
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