Conseil départemental de la Vendée

Vendée Globe 2020 : le journal de bord

Publié le 17/11/2020 à 10:34
Modifié le 17/11/2020 à 11:23
Retrouvez le journal de bord de la neuvième édition du Vendée Globe. Jour après jour, suivez l'aventure des 33 marins, femmes et hommes, engagés dans l'Everest des mers.

Semaine 4 : Kevin Escoffier sauvé par Jean Le Cam, Samantha Davies et Sebastien Simon abandonnent

Dimanche 6 décembre - Jour 28 : L'histoire se termine bien. À 3 h 10 heure française, Kevin Escoffier a été débarqué du bateau de Jean Le Cam et récupéré par le Nivôse, frégate de la Marine Nationale. Pour rappel, le skipper de PRB était à bord du bateau du roi Jean depuis mardi. Après un débarquement réussi, Jean Le Cam a pu reprendre sa course, motivé à bloc : "Kevin est en pleine forme, il va profiter d’une douche chaude. Nous mettons le cap vers la Réunion. C’est une belle journée qui commence !". 

 

Samedi 5 décembre – Jour 27 : Sam Davies approche de Cap Town après avoir heurté un Objet flottant non identifié (Ofni) mercredi. "Je suis soulagée d’arriver là. Avec mon équipe nous avons eu le temps de regarder les dégâts. Malheureusement je ne peux plus continuer le Vendée Globe en course", annonce le skipper ce samedi midi. Le bateau doit être sorti de l’eau pour réparer la quille et la structure. "C’est très triste. Le Vendée Globe s’arrête pour moi mais l’aventure continue. Nous donnons tout pour réparer le bateau. Pour moi l’aventure n’est pas finie, indique Sam Davies dans une vidéo publiée par Initiatives Coeur, la voix chargée d'émotion. Je veux finir ce tour du monde pour sauver les enfants. Je vais tout donner pour réussir. Nous avons besoin de force, sûrement de temps mais j’ai la chance d’avoir une super équipe. Un autre challenge commence. Je vous tiendrai au courant." 

La tête de la flotte se dirige vers le Nord des Kerguelen mais les conditions en mer sont difficiles et les bateaux au ralenti. Dans la nuit, Thomas Ruyant a récupéré sa 2e place au détriment de Louis Burton qui a perdu 50 milles en quelques heures. Charlie Dalin conserve sa première place, tout en restant prudent : « Je suis content d’être en tête, oui, mais je n’y accorde pas plus d’attention que ça. J’essaye de préserver mon bateau au maximum, sachant que l’état de la mer nous empêche d’aller vite et puis il reste tellement de milles à parcourir ! ». 

Vendredi 4 décembre - jour 26 : C'est la mauvaise nouvelle du jour : Sébastien Simon met fin à son Vendée Globe. Le skipper sablais, qui a heurté un OFNI mercredi, abandonne suite aux dégâts causés par le choc. « Il est temps pour moi de prendre une décision. Avec l’équipe, nous avons beaucoup réfléchi aux réparations possibles. Mais pour les envisager, il fallait sacrifier mon foil, le découper. C’est une pièce hyper massive de 300 kilos. Puis il aurait ensuite fallu réparer la coque par l’extérieur et sur le pont pour rendre étanche le puits de foil. Pour ça, je n’avais pas d’autre choix que de me dérouter vers Cape Town. Ces réparations s’annonçaient très compliquées. Probablement, quatre à cinq jours de travail, déclare le marin d'Arkea-PaprecSurtout, tout ça n’est pas raisonnable car il n’était pas garanti que les réparations tiennent pour la suite de la course. Je ne peux pas continuer. » 

Une terrible désillusion pour celui qui réalisait le rêve de sa vie : « Je ne pensais pas m’arrêter là, j’étais 4e du Vendée Globe. Je pensais bien réussir à faire quelque chose sur ce Vendée ! J’ai donné tout ce que j’avais. J’y ai mis beaucoup de passion et d’énergie, j’avais envie d’y arriver. L’aventure s’arrête là. Tout ça ne me donne qu’une seule envie : repartir, être présent dans quatre ans. C’était une superbe expérience, une opportunité unique. Merci vraiment à tous de m’avoir permis de réaliser ce beau projet avec ce beau bateau. » Sébastien Simon fait maintenant route vers Cape Town. Il devrait rallier la baie sud-africaine dans la nuit de samedi à dimanche. 

Dans le même temps, Alex Thomson sort lui aussi officiellement de la course. Le Gallois d'Hugo Boss est arrivé au Cap (Afrique du Sud) après son avarie de safran qui l'a obligé d'arrêter son Vendée Globe. « Je suis soulagé d'être de retour sur la terre ferme, mais j'ai des émotions très partagées aujourd'hui. Je suis encore dans une phase d’acceptation, et je suis évidemment dévasté que la course se termine ainsi pour nous.» 

Jeudi 3 décembre - jour 25 : Si les skippers continuent de passer un à un le cap de Bonne-Espérance, l’arrivée dans l’Océan Indien a fait des dégâts. Mercredi matin, Sébastien Simon (Arkea-Paprec) a heurté un objet flottant non identifié (OFNI) qui a provoqué la casse de son foil tribord. En fin de journée, c’est Samantha Davies  (Initiatives Coeur)qui a subi elle aussi un choc avec un OFNI. « J’avançais entre 15 et 22 nœuds sur une mer compliquée. J’ai tapé comme si je talonnais un rocher: je me suis arrêtée net. Il y avait des craquements. J’ai volé, tout dans le bateau a volé, y compris mon dîner. C’était violent, je me suis fait mal », a expliqué la navigatrice anglaise, qui souffre aux côtes. Ils font maintenant cap au nord pour trouver une zone calme, terminer l’inspection des dégâts et débuter les réparations pour essayer de reprendre la course.  

Après le naufrage de Kevin Escoffier (PRB), les marins redoublent de vigilance dans des conditions de mer compliquées. « La mer change assez vite ici ! Hier soir après l’empannage, c’était très difficile et j’avoue que je ne savais plus comment faire avancer mon bateau… MACSF enfournait tout le temps, explique Isabelle Joschke, neuvième pour le moment. C’est difficile de se déplacer dans le bateau : pour transporter un objet, on a besoin d’une main et souvent, il en faut deux pour se tenir. Déjà de faire le minimum vital, ça me coûte de l’énergie ! Et quand ça se calme, j’en profite pour faire des trucs que je dois impérativement faire : manger, ranger, bricoler… C’est compliqué de manger et de se déplacer, mais dormir, ça va. » 

Devant Charlie Dalin (Apivia) continue sa marche en avant comme si de rien n’était. Imperturbable il devance de plus de 200 milles Louis Burton (Bureau Vallée 2) qui a doublé Thomas Ruyant (LinkedOut) dans la soirée. Quatrième, Damien Seguin (Groupe Apicil) est à 428 milles du leader. 

 

Mercredi 2 décembre – jour 24: Après le trio de tête qui a franchi le cap de Bonne-Espérance hier, leurs poursuivants ont débuté le défilé au passage de la longitude. Sébastien Simon (Arkea-Paprec) a été le premier du jour à passer Bonne-Espérance à 3 h 30. Il a été imité par Boris Herrmann (SeaExplorer-YC de Monaco) une heure plus tard, par Jean Le Cam (Yes We Cam !) et Damien Seguin (Groupe Apicil) ensuite. À 9h, ils sont donc 7 bateaux à naviguer dans l’Océan Indien. Dans la journée Yannick Bestaven (Maître CoQ IV), Benjamin Dutreux (OMIA-Water Family), Giancarlo Pedote (Prysmian Group), Samantha Davies (Initiatives Cœur) et Isabelle Joschke (MACSF) fermeront la marche du groupe à la lutte pour le Top 10. Mais le skipper Sablais d'Arkea-Paprec a vite déchanté lorsqu'il a heurté un OFNI à 9h20. Les images parlent d'elles-mêmes ! Le foil tribord est sérieusement endommagés et a entrainé une voie d'eau au niveau du puits de foil.  

Charlie Dalin (Apivia) continue lui de caracoler en tête avec plus de 230 milles d’avance sur son dauphin Thomas Ruyant (LinkedOut). Mais attention à Louis Burton (Bureau Vallée 2) qui a longé la Zone d’exclusion et bénéficie d’une position plus Sud, donc moins de milles à parcourir avec plus de vents mais aussi plus de mer. Un choix osé à contre-courant de ses adversaires pour celui qui navigue à bord du bateau vainqueur il y a 4 ans avec Armel Le Cléac’h. 

Derrière, Jérémie Beyou (Charal) ferme la flotte mais avance à vive allure dans les alizés du sud. Tout Comme Armel Tripon (Occitane en Provence) qui fonce vers les Quarantièmes Rugissants. Le Nantais, qui a remonté le premier groupe en queue de flotte après son avarie, navigue à plus de 20 nœuds sur son magnifique foiler : « J’ai le casque anti-bruit parce que ça envoie du lourd : je suis juste devant le front et il faut cavaler pour ne pas se faire manger ! Ce sont des conditions idéales, une belle entrée en matière dans les mers du Sud : on peut attaquer et avoir de bonnes moyennes alors que je n’ai pas beaucoup de toile et ça avance vite. Le bateau se comporte très bien, sans forcer, sur des angles assez fermés : ce ne sera pas la même chose après le cap de Bonne-Espérance où il y aura plus de mer ! »  

Mardi 1 décembre - jour 23 : Une journée et une nuit qui restera dans l'histoire du Vendée Globe ! Après avoir déclenché sa balise de détresse en début d'après-midi lundi,  Kevin Escoffier a été sauvé vers 2h du matin par Jean Le Cam. Suite à une importante voie d'eau, le PRB du marin de 40 ans a coulé et l'a obligé à déployer son radeau de survie. Sain et sauf, le Malouin est avec Jean Le Cam (Yes We Cam!) qui s'est dérouté pour le secourir. Un incident de course majeur qui a eu un impact sur la course. Si le leader Charlie Dalin (Apivia) a franchi le cap de Bonne-Espérance dans la nuit, suivi de Thomas Ruyant (LinkedOut/2e) qui devrait le franchir dans la journée, Jean Le Cam a lui naturellement chuté au classement (7e). Le doyen de la course sera normalement recrédité du temps perdu pour le sauvetage de Kevin Escoffier par la direction de course et le jury, tout comme Boris Herrmann (Seaexplorer - Yacht de Monaco), Yannick Bestaven (Maître Coq IV) et Sébastien Simon (Arkéa-Paprec), eux aussi déroutés pour assister Le Cam dans l'opération de sauvetage. Par conséquent, Louis Burton (Bureau Vallée 2) se retrouve troisième de la course devant Damien Seguin (Groupe Apicil/4e)... qui en a profité quand même pour souhaiter un joyeux anniversaire à sa maman.  

Pendant toute la durée du sauvetage de Kevin Escoffier, l'ensemble de la flotte n'a cessé de soutenir le skipper perdu dans les 40es Rugissants. Avec un énorme soulagement pour tous à l'arrivée. « J’ai eu connaissance de la récupération de Kevin (Escoffier) par Jean (Le Cam) : ça rassure ! J’ai connu cette dépression-là le week-end dernier : les conditions étaient très instables et c’est d’ailleurs là où j’ai perdu pas mal de terrain. », témoigne Sam Davies. « Je suis tellement rassuré pour Kevin, punaise ! La nuit a été à la fois longue et courte... Angoissante quoi ! », relate Benjamin Dutreux tout comme Miranda Merron située à l'arrière de la course : « Quel bonheur de savoir que Jean (Le Cam) a trouvé Kevin dans son radeau. Travail phénoménal de la part de Jean et de tous ceux qui ont participé aux recherches et aux opérations de sauvetage. » 

 

Lundi 30 novembre - jour 22 : Fini les chaleurs de l'Atlantique Sud, place aux triples épaisseurs pour affronter la froideur des mers du sud. A l'approche de la Zone d’Exclusion Antarctique, la tête de course fait face à des vents frais poussant jusqu’à 35 nœuds et a perdu plus de 10 degrés au thermomètre en moins de 24h. On n’en est pas encore au stade de la tempête mais on voit ici un premier signe que les skippers du Vendée Globe sont entrées dans les tenaces mers du sud. 

Et c’est une chasse à l’homme qui débute ! Car si Charlie Dalin (Apivia) est toujours leader, et qu’il devrait passer le premier le cap de Bonne-Espérance ce lundi, l’écart se réduit avec ses poursuivants. Thomas Ruyant (LinkedOut) tente de garder le rythme et de préserver sa deuxième place, mais derrière lui on a mis du charbon dans la machine. Dans une mer formée, Kevin Escoffier (PRB) est de loin le plus rapide de la tête de course. « Là, on a déjà quatre mètres de vagues avec une brise assez irrégulière qui passe de 20 à 30 nœuds. Avec mes collègues, on a fait le choix de ne pas se retrouver trop près de Bonne-Espérance, donc les vagues et le courant des Aiguilles, c’est réglé, explique Escoffier avant de prévenir. Charlie Dalin devrait d’ailleurs éviter la deuxième dépression, mais nous, le groupe des poursuivants, on va l’avoir ! Le passage du front le 4 décembre risque d’être assez solide… » La bataille du top 10 entre le bateau orange, Jean Le Cam (Yes We Cam !) qui tient toujours tête aux foilers, Sébastien Simon (Arkea-Paprec), Yannick Bestaven (Maître Coq IV), Louis Burton (Bureau Vallée 2), Boris Herrmann et donc Thomas Ruyant, s’annonce donc intense et va rythmer cette nouvelle de course.