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Quel est votre parcours ?
J’ai commencé assez jeune comme moniteur de voile, c’est vraiment le point de départ. Je travaillais en Bretagne puis il y a eu un appel à candidatures au Havre pour développer la formation et la professionnalisation des clubs nautiques. Je me suis dit : « c’est complètement nouveau ». Et je dis ça parce que c’est un peu ce pour quoi j’ai répondu à l’appel d’offres ici. Parce que c’est nouveau ! J’aime les challenges et quand je suis parti au Havre c’était un défi de 2 ans. Ça fait maintenant 27 ans que j’y suis et je suis arrivé au même moment que la Transat Jacques Vabres se construisait. J’ai entrainé des équipes au Havre et, tous les deux ans, quand arrivait le mois d’octobre je participais à mon niveau à l’organisation de la Transat. Au fur et à mesure, les directeurs de course me prenaient sous leur aile sur cette course et d’autres ensuite où je les accompagnais. J’ai acquis de l’expérience comme ça pendant 20 ans puis j’ai fait ma première direction de course il y a une dizaine d’années. Une autre en appelant une autre et ainsi de suite jusqu’à la Vendée Arctique.
Pourquoi avez-vous postulé à la direction de course de la Vendée Arctique ?
Ce qui m’a séduit c’est la nouveauté ! C’est une nouvelle équipe et les relations humaines me plaisent. Ensuite c’est l’ambition du parcours ! Faire le tour de l’Islande, proposer 3 500 milles différents d’une route est-ouest que l’on connaît pour les Transats. Tout cela me semblait intéressant et c’est pour ça que je me suis engagé.
Le lien humain est quelque chose d’important à vos yeux.
Sur la Jacques Vabre j’ai rencontré Laura Le Goff qui m’a parlé du Vendée Globe et elle m’a demandé pourquoi je n’ai jamais postulé aux courses de la Vendée. Ma réponse était claire ! J’estimais ne pas être légitime jusqu’à présent pour accompagner une génération de marins qui n’était pas celle que j’avais vu débuter. J’ai fait 10 ans sur la Solitaire du Figaro, l’école de la voile. Donc j’ai accompagné les marins au fur et à mesure et la confiance s’est installée entre nous. Ça me donne aujourd’hui la légitimité d’aller vers d'autres classes, de les accompagner et d’avoir leur soutien vis-à-vis des plus anciens qui me connaissent moins. On apprend à se connaître au fil du temps. Ils savent qu’ils peuvent compter sur moi et je sais aussi que je peux compter sur eux. Dans la vie, nouer des relations prend du temps, avec les marins ça nécessite encore plus de temps.
Quel directeur de course êtes-vous ?
Je ne veux pas être intrusif et débarquer comme ça. Il y a encore deux trois ans je n’aurais pas répondu à cet appel d’offres. C’est important, il faut être conscient de ça ! Il faut bien connaitre les courses, bien connaitre les classes et particulièrement les marins avant de s’engager. La deuxième chose c’est d’être à l’écoute. Il ne faut pas dire oui à tout parce que les marins et les classes peuvent être exigeants, c’est normal. Je suis un intermédiaire entre les organisateurs et les coureurs donc j’écoute tout le monde et ensuite on décide. Et on décide avec l’organisation. C’est quelque chose d’important ! Ils ont une ambition pour leur territoire à travers leurs courses. Ils ont leurs objectifs et ensuite il y a la réalité qui s’impose : technique, sécuritaire,… Donc mon rôle c’est de travailler avec les marins et leur classe pour leur faire comprendre si on peut y aller ou non. Il faut bien expliquer tout ça mais in fine c’est bien avec le président de la SAEM Vendée et Laura Le Goff que les décisions finales se prennent. C’est ma façon de travailler. On n’est pas à la tête du truc pour dire : « c’est comme ça et pas autrement ». Ce n’est pas hégémonique d’être Directeur de Course. Donc peut-être que c’est ça qui me conduit aujourd’hui d’avoir la chance de faire la Vendée Arctique et les autres courses que je conduis habituellement.
Quel regard portez-vous sur cette deuxième édition inédite ?
Faire un énième parcours est-ouest ça n’aurait pas eu de sens. Là c’est vraiment nouveau ! Les skippers ont besoin de confrontations, de marquer aussi les esprits avant le prochain Vendée Globe. On le sent bien, on rentre dans le début des qualifications même si certains n’auront pas le bon bateau. Le point d’orgue de la classe c’est le Vendée Globe. Ça va permettre aussi d’avoir un bruit médiatique différent autour de la course, des histoires différentes. Ça va aussi montrer vraisemblablement que cette classe Imoca est en capacité d’affronter des situations nouvelles. On l’a vu, un Vendée Globe ne fait pas l’autre, les conditions météo sont différentes, l’hégémonie des foilers que l’on prédisait absolument a été un peu lissée par la météo et le comportement chevaleresque de Damien Seguin, Benjamin Dutreux, Jean Le Cam. Avec des bateaux plus vieux ils ont réussi à montrer des choses. Là c’est aussi un parcours qui permet ça et de dire que tout le monde peut y aller. C’est tout l’intérêt.
La Vendée Arctique – Les Sables-d’Olonne peut-elle devenir une course de référence comme la Transat Jacques Vabre ou la Route du Rhum ?
Oui ! Et à mon sens la stratégie est bonne. La Vendée ne laisse pas de vide avec l’ambition annoncée : la New York Vendée, la Vendée Arctique et le point d’orgue du Vendée Globe. On peut se projeter tout de suite et avoir la ligne qui est tracée pour un projet. Pareil pour ceux qui arrivent dans cette classe avec la volonté de faire le Vendée Globe, c’est une aide assez structurante pour eux d’avoir une série monoclasse avec des courses qui leur sont réservées et qui conduisent vers le Graal : le Vendée Globe.
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Le Journal de la Vendée n° 299 - septembre 2023
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