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Maxime Sorel a bouclé son premier Everest des mers en 82 jours 14 heures 30 minutes et 15 secondes. 10e de ce Vendée Globe, le marin de V and B - Mayenne a vécu une fin de course "contre-la-montre" pour franchir la ligne d'arrivée avant de se faire rattraper par la dépression qui le suivait. Sa remontée du chenal et son retour sur terre ont été remplis d'émotions.
Vous venez de boucler votre premier Vendée Globe, vous réalisez ?
Maxime Sorel : "Je ne réalise pas vraiment, je n’ai pas l’impression d’avoir bouclé un tour du monde. Je me rends compte que c’est un Vendée Globe car il y a tout cet accueil, c’est complètement dingue ! Sur cette fin de course je n’ai pas pu réaliser ce que j’ai vécu. J’aurais aimé avoir des dernières heures un peu cool, relater mes 82 jours de course, et me préparer à l’accueil que j’allais recevoir. Je n’ai pas pu le faire ! 45 minutes avant le passage de la ligne je faisais une sieste. J’étais cramé. Depuis 5 jours je suis dans une ivresse de sommeil. Je ne me rends pas compte de ce que j’ai fait."
Cette fin de course contre la dépression a été intense ?
MS : "C’est une course contre-la-montre depuis 48 -72 heures ! Je ne savais pas si j’allais réussir à passer devant cette dépression, est-ce que je vais réussir à rentrer au port avec la marée. C’était assez unique comme fin de course."
Vous pensiez ne pas réussir à rentrer à temps aux Sables-d'Olonne ?
MS : "J’ai pris la décision tout seul de passer devant la dépression, il y avait beaucoup de vent, beaucoup de mer, c’était difficile de passer la ligne et remonter le chenal. La Direction de course m’avait prévenu que c’était compliqué. J’ai cravaché, j’étais plus rapide que mes routages. Quand la DC me disait : « c’est chaud, c’est chaud », je répondais : « je suis à 105% ça passe, ça passe ». Je voyais que ça passait donc je ne comprenais pas trop pourquoi je ne pouvais pas y aller. J’ai posé toutes les choses sur la table, et malgré les avis de mon équipe technique j’y suis allé et me voilà."
Tu avais un bateau fragile. Il n’a pas réussi à boucler ses trois derniers tours du monde. Comment tu expliques qu’il se soit fissuré et que tu aies réussi à le ramener ?
MS : "Je savais en partant que j’avais une mission importante : finir le Vendée mais aussi de faire finir ce bateau qui a eu pas mal de déboires. Depuis le naufrage de PRB j’ai ça dans la tête. Ce sont des bateaux quasiment identiques. Je n’ai pas pu attaquer comme je le souhaitais dans le grand sud. J’inspecte le bateau très souvent et j’ai découvert après le cap Horn, qu’il y avait une fissure infime sur le pont. Après concertation avec mon équipe et les architectes, je suis passé en grosse chirurgie sur le bateau pour que la fissure ne se propage pas sur tout le pont. Toute la première peau et la mousse à l’intérieur étaient touchées. J’ai très peu ralenti le bateau, ça ne s’est pas vu. Seulement quand j’ai pris la décision de passer devant la dépression, je me suis dit qu’il fallait mettre du charbon pour passer et que le bateau n’allait pas casser."
Justement, le naufrage de Kévin a dû remettre beaucoup de choses en question dans ta course ?
MS : "Quand j’ai appris ce qui s'est passé sur PRB, je n’étais déjà pas rassuré pour Kevin. Ce n’est pas facile à vivre pour nous les autres concurrents. La course s’arrête. On tire moins sur les bateaux. Le mien est construit dans le même moule. J’ai appelé l’équipe pour faire un point avec les architectes. C’était un moment dur car on était au début du grand sud et j’avais interdiction de faire des plantés à plus de 25 nœuds. Tu dérègles plus que tu ne règles le bateau. J’ai fait des surfs à plus de 29 nœuds et tu sens que le bateau craque un peu partout. Quand je suis parti à l’abattée j’ai cru que c’était la fin ! Je pensais que le mât allait casser une fois qu’il avait touché l’eau. J’ai mis 1 h 45 à me sortir de là dans 55 nœuds de vent. S’il y avait un prix de l’originalité du passage des caps je l’aurais gagné. Leuuwin je le passe en tête de mat, et je fais une belle pirouette au cap Horn. Je n’ai pas osé faire quelque chose à Bonne-Espérance."
Tu penses être devenu un autre homme ?
MS : "Je ne sais pas de quelle manière je suis un autre homme. L’émotion que j’ai eu dans le chenal, voir mon équipe, ma famille, mes amis, je sais pourquoi je l’ai fait. Il faut finir le Vendée pour vouloir y retourner de cette manière-là. Je suis changé mais il faut que je prenne du recul et que je me refasse la course pour connaitre de quelle manière je suis changé."
Tu as parlé d’un 4e cap que tu as franchi…
MS : "Je suis quelqu’un qui vit à mille à l’heure. La prépa d’un Vendée Globe c’est juste dingue, je tire toutes les ficelles de mon projet, j’adore ça de par ma formation en génie civil. Arrivé dans l’Atlantique sud, on est toujours sur le même bord, il n’y a pas de réglage à faire et là je suis pris d’une d’émotion : je découvre l’ennui. Je me demande comment je vais vivre le reste du temps car ce n’est que le début de la course. Je pars sur une sorte d’introspection et en écoutant une musique je me mets à écrire ce que je ressens et comment je vais faire pour pallier à ça. C’est une chance que le Vende nous donne d’avoir du temps pour nous, de pouvoir faire cette introspection. Je devais passer par ce stade et j’ai appelé ça le 4e cap : celui intérieur qui nous permet d’aller au-delà de ce que l’on est capable."
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Le Journal de la Vendée n° 299 - septembre 2023
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