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Vainqueur du Vendée Globe il y a 4 ans, Armel Le Cléac'h nous livre son regard sur la fin de course de la 9e édition. Le tenant du titre mise sur Charlie Dalin pour lui succéder sans oublier Boris Herrmann qui, selon lui, détient peut-être la clé du succès.
Le scénario de ce Vendée Globe est-il pour vous surréaliste ?
Armel Le Cléac'h : "Pas forcément surréaliste mais c’est un scénario que l’on n’imaginait pas, avec autant de bateaux et surtout certains qui n’étaient pas dans les grands favoris au départ. Je pense à Louis Burton ou Boris Herrmann par exemple. On a aujourd’hui entre cinq ou six bateaux qui peuvent gagner le Vendée Globe. Sept ou huit qui peuvent prétendre au podium. C’est un scénario assez incroyable et ce Vendée Globe a été depuis le départ assez étonnant avec tout ce qu’il s’est passé."
Comment vit-on le sprint final quand on est au coude à coude après plus de 75 jours de course ?
ALC : "Quand on est à la lutte comme ça, c’est vraiment un sprint. Je l’ai vécu surtout sur des duels avec un concurrent direct à surveiller ou à essayer de dépasser. Là, la donne est totalement différente. Ils sont plusieurs donc ils ne peuvent pas se contrôler les uns les autres. Ça va être à celui qui réussira à rallier les Sables-d'Olonne le plus rapidement, en essayant de faire le moins d’erreurs. C’est une dernière semaine très sportive au niveau de l’intensité car il faut peut-être changer de braquet. Ils étaient dans un mode marathon depuis le départ, et là il faut changer ce mode et passer en ambiance Figaro. Certains ont cette expérience comme Charlie Dalin qui vient de cette école et qui connaît très bien ce scénario avec plusieurs bateaux autour de lui à la lutte pour la victoire finale. On va voir comment ils arrivent à gérer ça."
Charlie Dalin est en position du chassé avec la meute derrière lui. Est-ce la meilleure place ?
ALC : "Oui c’est sûr que c’est mieux d’être chassé que chasseur même si je suis sûr que mentalement c’est compliqué à gérer, c’est beaucoup de pression. Derrière il y a des marins d’expériences, chacun avec des bateaux un peu différents et avec un potentiel différent. À terre les derniers jours de course vont être passionnants. Pour les marins ça va demander une énergie particulière. Il faut aller chercher dans les réserves pour espérer figurer sur le podium et c’est une preuve encore de la difficulté du Vendée Globe jusqu’au bout."
Comment voyez-vous les choses évoluer d’ici l’arrivée ?
ALC : "Dès ce week-end on aura une vision plus claire de : qui a pris l’avantage ou qui sont les derniers à batailler pour la lutte finale. Dans les prochaines heures on aura plus d’éléments sur qui peut encore gagner le Vendée Globe. Aujourd’hui ils sont cinq marins. Dimanche soir ils seront peut-être plus que deux. Les premiers vont arriver mercredi, ça va être une fin de course avec du vent portant et des conditions qui vont changer pour les marins. Donc ça, ça va aussi être intéressant à suivre. : comment chacun va s’adapter à ces nouveaux modes qu’ils ont quittés dans les mers du sud et qu’ils vont devoir retrouver et réactiver dans les heures à venir."
Qui voyez-vous pour vous succéder ?
ALC : "Je vois trois vainqueurs potentiels qui sont sur le podium provisoire : Louis Burton, Boris Herrmann et Charlie Dalin. Après je connais plus Charlie car je l’ai rencontré quand il a commencé le circuit Imoca, il vient du circuit Figaro et on se côtoie à Port la Forêt. Si je dois en choisir qu’un je dirais plus Charlie car il a été le plus souvent aux avant-postes. Maintenant les deux autres font aussi une course assez incroyable et rien n’est joué."
Pour finir, en un mot comment décririez-vous ce Vendée Globe ?
ALC : "C’est un Vendée Globe qui a été passionnant. Mais c’est peut-être aussi un Vendée Globe où il fallait savoir patienter. Les éditions précédentes il fallait attaquer et s’échapper par-devant. Là on se rend compte que ceux qui ont su patienter dans le paquet de tête ont conservé leur bateau. Je pense à Boris Herrmann. Peut-être qu’il tient là la clé du succès."
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Le Journal de la Vendée n° 299 - septembre 2023
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