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Chaque édition du Vendée Globe n’échappe pas à son lot d’avaries. Cette année encore, si certains ont dû abandonner, d’autres ont su réparer. Mais comment font-ils ?
Foil cassé, safran abimé, voiles déchirées, problème de pilote, voie d’eau, montée au mât, … Vous avez sans doute entendu tout ça pendant le Vendée Globe. Car pendant plus de 70 jours de courses, les marins de l’Everest des mers sont livrés à eux-mêmes. Seuls, ils ne disposent que de leurs dix doigts et du peu de matériels embarqués pour redoubler d’ingéniosité face aux avaries. « Un bateau c’est plein de domaines : du cordage, de l’électronique, de la mécanique, du composite. Donc pour chacun on essaie d’avoir du matériel de secours. Évidemment, on ne peut pas mettre un bateau entier en remplacement, donc si des pièces cassent il faut s’en passer », explique Antoine Carraz, responsable technique du bateau Apivia de Charlie Dalin.
« La seule chose qu’on peut faire c’est donner des conseils »
Mieux vaut prévenir que guérir dit le dicton ! Mais en mer, et encore plus en course, allier anticipation des risques et performance est une affaire de choix. « Il y a un travail technique fait en amont du départ. Le skipper peut emmener ce qu’il veut en pièces détachées, explique Gilles Avril directeur technique du Team La Fabrique au côté d'Alan Roura. Après c’est la recherche entre l’équilibre du poids à bord du bateau et la performance. Plus on emporte de matériel plus on est lourd, moins on va vite. Pour ces raisons-là, le skipper en accord avec son Team, fait un choix de ce qu’il souhaite prendre. Et évidemment, sur des courses comme le Vendée Globe la liste est longue. » Préparer la caisse à outils, c’est aussi connaitre son bateau sur le bout des doigts. « Tous les bateaux ne sont pas construits de la même manière et ne peuvent pas être réparés de la même manière. Et selon la construction, on privilégie telle ou telle méthode de réparation pour qu’elle puisse elle-même être polyvalente. »
Alan Roura, avec son vérin de quille, et Charlie Dalin, avec son foil bâbord, ont eu leurs lots de soucis techniques. Tous les deux ont réussi à surmonter, non sans mal, leurs avaries. Pour cela, même s’ils doivent intervenir seul, ils peuvent compter sur leur équipe à terre. « Nous n'avons aucun moyen d’intervenir sur le bateau. La seule chose que l’on peut faire c’est lui donner des conseils et l’orienter vers une solution possible, explique Antoine Carraz. C’est au skipper d’analyser la situation, nous donner des informations et puis nous, à terre, nous essayons de réfléchir aux solutions à lui proposer. Nous avons la chance d’avoir Charlie qui est un très bon technicien donc pour réparer il fait un mix entre nos informations et de ce qu’il pense être le mieux pour parer au problème ».
« On essaie de prendre à droite à gauche dans les sacs »
Être skipper, c’est avoir l’art de la débrouille, savoir bricoler, avoir un gène de McGyver. « Quand il y a une avarie, on est obligé de se débrouiller avec les moyens du bord. On essaie de prendre à droite à gauche dans les sacs, entre les cordages. Parfois c’est un petit truc en électronique qui va aider à réparer un truc en mécanique », explique le technicien d’Apivia. Le pont ou le cockpit du bateau devient donc rapidement un atelier perdu au milieu de l’océan. « Par exemple, Charlie a fabriqué une pièce pour remplacer sa cale endommagée. Celle d’origine est limée sur une machine à commande numérique. Tout est fait en 3D, dessiné sur des logiciels et lui a dû faire ça en traçant des traits sur un scotch et en découpant avec une petite meuleuse. Ça demande beaucoup de débrouille. »
S’ils sont seuls pour intervenir, la communication avec l’équipe à terre est devenue une aide précieuse pour les marins. « La messagerie instantanée, en termes de technique, est une réelle avancée, admet Gilles Avril du Team La Fabrique. Aujourd’hui, quand il se passe quelque chose on le sait dans la minute. Toute l’équipe est au courant, on sait qui va pouvoir traiter le problème et on peut tout de suite répondre. On peut envoyer une photo ou une vidéo rapidement. C’est très utile d’un point de vue technique. »
Le skipper reste autonome
Le Vendée Globe reste une course et attendre l’avis de son Team peut avoir des conséquences sur la performance à l’instant T. « Il y a plein de choses qu’ils sont capables de faire sans nous, relate Antoine Carraz. Il y a un facteur de temps important. Sur une Vendée il y a des avaries plus ou moins graves et il y en a un paquet qu’il arrive à traiter seul. Charlie a participé à la conception de son bateau et il le connaît sur le bout des doigts. Ça lui permet d’être autonome et d’intervenir sans son équipe technique. » Pour les plus sceptiques, rassurez-vous, le Vendée Globe reste bien une course en solitaire et sans assistance.
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Le Journal de la Vendée n° 299 - septembre 2023
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