Conseil départemental de la Vendée

Vendée Globe : Les icebergs chassés depuis l’espace

Publié le 09/12/2020 à 17:45

La sécurité des marins sur le Vendée Globe est la préoccupation principale de la direction de course. Sur terre et depuis l’espace, tout est mis en œuvre pour protéger femmes et hommes en solitaires. 

Ils sont la hantise des skippers et certains en ont déjà fait les frais ! L’arrivée de la flotte du Vendée Globe dans les mers du Sud marque aussi la possibilité de percuter un Objet flottant non identifié (Ofni). Et plus particulièrement des growlers, ces glaçons de l’ordre du mètre cube provenant des icebergs en dissolution. Pour éviter d’être nez à nez avec ces montagnes de glaces comme Loïck Perron lors du premier Vendée, la direction de course a créé une Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA). Cette zone des glaces est symbolisée par une ligne rouge, qui tourne à 360° autour de l’Antarctique, constituée de 72 points espacés de 5 degrés et fait 26 223 km. 

« J’adorerais voir des icebergs mais pas sur le Vendée Globe » 

Créée en 2016 pour la première fois, cette zone virtuelle où il est interdit de naviguer est avant tout une sécurité pour les marins qui, sous peine de la franchir, pourraient se mettre en danger et être pénalisés. À quelques milles de cette ligne rouge, Alexia Barrier (TSE-4myplanet) découvre les eaux du Grand Sud. « Je n’ai jamais vu d’iceberg en vrai, j’adorerais en voir mais pas sur cette course », rigole la skippeuse qui approuve complètement cette zone d’exclusion car elle ne dispose que de « peu de moyens pour les détecter ». 

Comme Alexia Barrier, aujourd’hui l’ensemble de la flotte approuve ce moyen de sécurité qui ne faisait pas l’unanimité il y a quatre ans car elle empêche les compétiteurs de descendre plus au sud donc d’être plus rapides. « Nous ne pourrions plus imaginer une course comme le Vendée Globe sans des services de détection d’iceberg et de limitation de ce risque », abonde de son côté Jacques Caraës, directeur de course. 

Sept satellites au chevet des skippers 

C’est pourquoi le Vendée Globe collabore depuis 2008 avec Collecte localisation satellites (CLS), fournisseur officiel des données glace pour la course aux technologies et satellites déployés par le Centre national d’études spatiales français (CNES) et l’Agence spatiale européenne (Esa). « CLS a su développer un savoir-faire sans égal. Ses équipes nous aident à sécuriser la course en détectant ces monstres de glace qui menacent nos skippers », se réjouit Jacques Caraës. 

Pour cette 9e édition, ce n’est pas moins de sept satellites qui veillent sur les skippers en permanence depuis l’espace. Ces machines décortiquent l’Océan Austral en tournant près de 25 fois par jour autour de la Terre. Parmi ces satellites, les Sentinel-1A et Sentinel -1B sont des instruments de pointe « qui permettent de regarder à travers les nuages, le jour et la nuit », explique Simonetta Cheli, cheffe du bureau stratégique de la direction Observation de la Terre à l’Esa. 

300 images décortiquées 

Toutes ces données sont traitées et analysées par les équipes de CLS à Brest qui dispose d’une antenne de 5 m de diamètre (Vigistat), la seule en France capable de recueillir des images en haute résolution pour localiser les icebergs. Pour ce Vendée Globe, 300 images radars sont décortiquées afin de détecter le moindre iceberg à la dérive. « Notre stratégie c'est d'abord de voir les très gros icebergs, ceux qui font une centaine de mètres. Ensuite, avec un autre savoir-faire situé à Brest nous sommes capables de prévoir leur dérive, leur dislocation. On simule donc par des modèles la production de morceaux plus petits », détaille Sophie Besnard, directrice aux Affaires internationales en charge du projet Vendée Globe chez CLS. 

image satellites des icebergs détectés

Depuis juillet, les analystes scrutent ces images et ont défini une première version (V0) de la zone des glaces. Après trois semaines de course et l’arrivée des premiers concurrents dans cette zone à risque, la ligne a été remontée de 5° au-dessus des îles Crozet après la détection d’une vingtaine d’icebergs. « Ça peut bouger. Quand on peut ouvrir le terrain de jeu, on l'ouvre, quand on voit des remontées de glace, on le ferme. C’est pourquoi on a allongé de plus de 400 km ce cordon de sécurité », explique le directeur de course tout en précisant qu’il n’est « pas possible de garantir à 100% qu’on voit tout ». 

Deuxième du Vendée Globe après un mois de compétition, Thomas Ruyant (LinkedOut) navigue au plus près de cette frontière avec le continent polaire : « La ZEA est extrêmement rassurante pour nous. On sait qu’on a des gens derrière qui veillent sur les glaces, sur les icebergs à la dérive et nous, en tant que marins, on peut vraiment être concentré sur le reste, la compétition. » Si la densité d’iceberg est plus faible que les années précédentes, CLS a « détecté environ 60 icebergs à suivre de près, la plupart sous la ZEA ». 

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