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Comment va s’organiser le débarquement de Kevin qui est toujours avec Jean Le Cam ?
Jacques Caraës : "On n’a pas beaucoup de possibilités. Pour l’instant on essaie de travailler avec le Nivôse qui est le bateau militaire de la marine nationale qui s’occupe de la surveillance des pêches dans les îles australes françaises. On est en relation avec eux. Sur le principe, ils ont validé la possibilité de faire un embarquement de Kevin en mer. Donc on est en train de regarder les routages potentiels avec le bateau de Jean. Si on ne peut pas aboutir à cette solution, il faudra débarquer Kevin au mieux coté des îles sud de la Nouvelle-Zélande."
Quand est-ce que la décision sera prise ?
JC :"La décision potentielle va être prise ce soir (mercredi) si Jean accepte de faire ça ou non. Et en même temps, il faut que je m’accorde avec le Nivôse sur un possible déroutage de leur position afin de rejoindre une zone adaptée pour faire un débarquement dans de bonnes conditions. Il y aura ensuite la question logistique, qui est un peu secondaire en ce moment, sur laquelle il faudra se pencher. Car Kevin n'a pas de papier et il faut pouvoir le rapatrier en France une fois qu'il sera à terre."
Le sauvetage de Kevin a été long, pouvez-vous nous raconter comment cela s’est déroulé ?
JC : "On a pris connaissance du déclenchement de la balise de détresse par le CROSS Gris-Nez car c’est eux qui ont l’information en premier. Ils nous ont appelés tout de suite et à partir de ce moment-là on sait qu’il y a une avarie majeure sur le bateau. Mais le seul contact qu’on a eu avec Kevin a été le message de secours MAYDAY envoyé à son équipe. On sait juste à ce moment qu’il y a une balise qui émet mais on ne sait pas s’il a mis son radeau de survie, s’il a la TPS donc c’est assez particulier. On regarde alors sur zone s’il y a des cargos mais il y en avait qu’un à 20h de mer qui allait sur Singapour donc c’était trop espacé dans le temps pour nous. Tout de suite j’ai préféré dérouter Jean Le Cam qui était le plus proche. J’avais la première position de la balise que m’avait donnée le Cross Gris-Nez et quand Jean est arrivé sur zone on a réussi à trouver une autre position grâce à une petite balise personnelle que les skippers portent sur eux mais qui n’émet pas très loin. Jean a donc réussi à voir Kevin dans la journée mais il l’a perdu de vue pendant sa manœuvre et il ne l’a jamais retrouvé avant la nuit."
Ça a été un moment assez anxiogène ! On n’avait pas beaucoup d’émission de balise donc pendant longtemps on ne savait pas si la fameuse balise "epirb" qui émettait était avec lui ou si elle flottait au hasard des flots. Il y avait donc pas mal d’incompréhension au sujet de ces balises."
Pourquoi il était difficile de détecter ces balises ?
JC : "La petite balise personnelle n’émet pas très loin. Dans les meilleures conditions elle émet jusqu’à 8 km environ et dans les conditions de mer qu’il y avait, elle émettait à mon avis à tout juste 1 nautique. C’est des balises qui émettent seulement sur des ondes Haute Fréquence donc il faut vraiment être très proche pour qu’on puisse avoir un contact. Donc je comprends très bien que ceux qui sont passés à côté, comme Arkea-Paprec, l’émission ne se faisait pas. Cette balise-là est vraiment une aide personnelle, c’est une toute petite antenne donc il faut qu’elle soit en hauteur, verticale. La moitié du temps elle devait être couchée donc elle ne marchait pas. La seule balise qui nous a permis de redonner une position à Jean, c’est la balise "epirb" qu’il a pris avec lui, et heureusement, même si elle n’a pas toujours émis correctement."
En tant que directeur de course, est-ce que l’on est réellement préparé à vivre ce genre de moment ?
JC : "On est préparé car on sait que ça peut arriver, même si chaque naufrage n’est jamais identique. C’est une situation de crise. On a un document de crise et une façon de procéder. D’abord on se réunit tous, et là c’était l’opportunité, j’avais mes deux adjoints avec moi donc c’était plus simple. Et ensuite, avec la cellule météo sur un cas comme ça on détermine une zone potentielle, un triangle de recherche, qu’on établit ensemble par rapport à la situation météo du moment. C’est dans ce triangle de recherche que l’on a orienté les trois bateaux pour commencer à quadriller pendant la nuit. Après l’avantage c’est que j’ai appelé le CROSS Gris-Nez pour demander la possibilité d’avoir l’intervention de Météo-France sur le logiciel de dérives car je sais qu’ils travaillent régulièrement sur ce logiciel qui est très complet et pertinent. Ils nous ont donc donné aussi la dérive potentielle d’un radeau de survie qui a été un point positif parce que lorsqu’on a eu l’émission de balise qui a été répétée un peu dans la même zone plus le logiciel de dérive qui correspondait ça m’a permis de dire à Jean d’aller sur ce fameux point."
C’est grâce à ce dispositif à terre et au matériel de survie que Kevin a pu être sauvé et que le Vendée Globe peut exister ?
JC : C’est certain que le matériel obligatoire dans le bateau est relativement conséquent et heureusement qu’ils l’ont. La TPS, la combinaison de survie en néoprène, on l’a refait homologuer. J’ai eu le constructeur au téléphone hier et on insiste beaucoup pour que les navigateurs aient cette combinaison à bord. C’est primordial ! C’est la seule survie possible dans des eaux aussi froides. Quand Jean a vu Kevin et qu’il nous a dit qu’il était habillé en rouge j’ai tout de suite regardé mon fichier combinaison néoprène et j’ai tout de suite vu que c’était une rouge aussi. Ça nous a tout de suite rassurés. Ça peut avoir des conséquences car on peut prolonger les recherches longtemps car on sait qu’il est habillé avec cette combinaison-là. C’est un ensemble qui se tient et forcément le matériel embarqué est primordial. Après vu la violence il n’a pas eu le temps de prendre tout son matériel. En fait il a un deuxième bidon de survie dans lequel il y a les moyens de communication qu’il n’a pas pu prendre malheureusement. Cela dit, il a eu une très bonne réaction de saisir sa combinaison néoprène, l’enfiler rapidement même avec son ciré.
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Le Journal de la Vendée n° 299 - septembre 2023
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