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Un ouf de soulagement ! Il est 2 h 18 du matin lorsque Kevin Escoffier est enfin en sécurité aux côtés de Jean Le Cam. « Un énorme soulagement ! Kevin est bien à bord de Hubert sain et sauf », témoigne sur tweeter le doyen de la course avec une photo où apparait le marin de 40 ans, emmitouflé dans sa combinaison de survie. Car le sauvetage n’a pas été simple. Dérouté par la direction de course dès le déclenchement de la balise de détresse à 14h46 lundi par Kevin Escoffier, Jean Le Cam s’est rapidement porté au secours du marin en détresse. « J’arrive sur zone, je vois Kevin sur son radeau, j’ai sa position donc je me dis : "Impeccable je reviens on ne va pas faire n’importe quoi" ». Mais avec la mer agitée des Quarantièmes Rugissants il est compliqué de manœuvrer. « Je reviens là où je l’avais quitté, raconte Le Cam depuis son navire. Et là personne ! Ololololo ! (sic) Je reviens cinq six fois, virement de bord à chaque fois, avec la mer… Je me dis : "Tu restes en stand-by on attendra le jour." »
#VG2020 @KevinEscoffier sauvé. Le skipper de @PRBvoile a été récupéré par @JeanLecam en pleine nuit à 600 miles au sud ouest du Cap de Bonne Esperance. Ils sont à bord de #yeswecam. Un sauvetage épique. En 2009, @Vincent_Riou sur PRB, avait sauvé... Jean Le Cam naufragé. pic.twitter.com/3tts1XYfi3
— Département Vendée (@DepVendee) December 1, 2020
Entre temps, la direction de course demande à Boris Hermann (Seaexplorer - Yacht Club de Monaco), Yannick Bestaven (Maître Coq IV) et Sébastien Simon (Arkéa-Paprec) de se dérouter eux aussi pour porter assistance et quadriller la zone. Mais le Roi Jean, qui a connu la position d’Escoffier il y a 11 ans au large du cap Horn, n’a pas baissé les bras.« Je me dis que la lumière se voit mieux la nuit que le jour. Et à un moment je suis debout sur le pont et je vois un flash ! Je me dis : "c’est pas vrai !" Et là je vois de plus en plus la lumière et on se dit "oh putain c’est bon !" (sic) Tu passes du désespoir au truc de dingue ! ».
« Je coule ce n’est pas une connerie »
Courageux, Kevin Escoffier a donc pu se saisir de la bouée lancée par Jean Le Cam après être resté 11 heures dans son radeau de survie. Pris par l’émotion, le skippeur PRB a fondu en larmes au moment d’échanger ses premiers mots avec Jean-Jacques Laurent, président de PRB et Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe. « Vous voyez les naufrages dans les films ? C’était pareil en pire ! En 4 secondes le bateau a planté et l’étrave s’est pliée à 90° », décrit Escoffier qui a eu assez de temps pour alerter son équipe avec ce message: « Je coule. Ce n’est pas une blague. MAYDAY ».
Quelques heures après avoir pu reprendre ses émotions, deux heures de sommeil et quelques échanges radio avec les trois autres marins qui ont changé de cap le secourir, Kevin Escoffier a raconté sa terrible avarie. « C’est surréaliste ce qui s’est passé. Le bateau s’est replié sur lui-même dans une vague à 27 nœuds. J’ai entendu un crac mais honnêtement, il n’y avait pas besoin du bruit pour comprendre, débute le Malouin. L’arrière du bateau était sous l’eau, le bateau s’est cassé en deux. Il s’est comme replié. Je vous assure, je n’exagère rien… il y avait un angle de 90° entre l’arrière et l’avant du bateau. »
Pour se sauver, Kevin Escoffier a été extrêmement réactif : « Entre le moment où j’étais sur le pont en train de régler les voiles et le moment où je me suis retrouvé en TPS (combinaison de survie), il s’est passé même pas deux minutes. Ça a été d’une rapidité extrême ». « J’ai vu de la fumée, l’électronique qui cramait. Tout s’éteignait. Le seul reflexe que j’ai eu a été d’attraper le téléphone pour envoyer le message de secours et prendre la TPS que je ne matosse jamais. J’ai voulu prendre le grab bag (sac de survie) mais je n’ai pas réussi car l’eau montait, relate en détail le marin de PRB. J’aurais voulu rester un peu plus longtemps à bord mais je voyais bien que tout allait très vite et puis je me suis pris une déferlante et je suis parti à l’eau avec le radeau. A ce moment-là, je n’étais pas du tout rassuré… Tu es dans un radeau avec 35 nœuds de vent. Non, ce n’est pas rassurant. J’ai seulement été rassuré quand j’ai vu Jean. Mais le problème, c’était de savoir comment faire pour monter à bord avec lui. »
« C’était Verdun sur l’eau »
Mais Escoffier a réussi malgré tout à monter à bord : « C’était Verdun sur l’eau. Il était à 2 mètres de moi, il m’a envoyé la frite avec un lien mais c’était dur d’arrêter le bateau. Finalement, j’ai réussi à attraper un tube, une barre pour monter à bord. Il y avait encore de la mer, environ 3,50 mètres. C’est une épreuve dans ces conditions de monter à bord d’un Imoca, d’autant plus quand tu es contraint dans tes mouvements par la TPS. Sincèrement, heureusement que je suis en forme physique car je vous assure que ce n’est pas simple. »
Sous la pleine Lune au sud de l’Afrique, Kevin Escoffier a pu tomber dans les bras de Jean Le Cam. « Il m’a dit : "Putain, t’es à bord ! C’était chaud !". Et moi, je lui ai dit : "Je te nique ta course, tu faisais une super course". Il m’a répondu, "C’est pas grave, la dernière fois c’est moi qui avait mis à plat la course de Vincent" ». Une fois n’est pas coutume, le Vendée Globe restera une course à part où l’humain reste plus fort que la compétition. Une seule chose compte : Kevin Escoffier est sain et sauf !
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Le Journal de la Vendée n° 299 - septembre 2023
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