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Depuis 1989, le médecin-marin Jean-Yves Chauve soigne les skippers à distance 24 heures/24. Une pratique qui demande adaptation constante et connaissance fine du milieu nautique. Rencontre.
Comment accompagnez-vous les skippers dans la course du Vendée Globe ?
Nous leur proposons des formations médicales avant le départ afin qu’ils apprennent les gestes de soin et qu’ils connaissent le contenu de leur pharmacie. Ils sont soumis à un bilan de santé précis notamment au niveau cardiaque : échographie et test d’effort pour évaluer leur forme physique.
Une fois le coup de canon donné, je suis en veille 24 heures/24. Les skippers sont nombreux au départ pour cette édition, le docteur Laure Jacolot m’assistera donc en renfort.
Justement, racontez-nous votre aventure dans l’aventure…
Je fais mon Vendée Globe à moi. Je dis souvent que je suis un patient qui lit dans sa salle d’attente. Il faut que j’attende les appels des skippers qui ne sont pas très fréquents. Généralement cela se produit lorsque c’est grave mais je suis disponible en permanence, jusqu’à l’arrivée du dernier navigateur.
Cela me demande de l’organisation personnelle. Concernant le physique, je navigue moi-même beaucoup, c’est mon deuxième métier donc j’ai l’habitude de dormir par périodes fractionnées. C’est le régime que je vais adopter tout au long de ces trois mois.
Etre navigateur est donc un vrai plus….
C’est très important. Je sais adapter mes conseils. Dans le cas d’une entorse au poignet par exemple, en médecine classique ont immobilise l’articulation pour que ça ne s’aggrave pas. Dans le cas du Vendée Globe, si on immobilise, le skipper peut rater une prise en sortant de son bateau et chuter. Il n’en est donc pas question. Dans le cas de soins plus simples, si le temps est mauvais par exemple, on ne peut pas proposer au skipper de sortir un flacon de Bétadine et de le poser quelque part sans qu’il ne tombe. Je fais donc mes prescriptions en fonction de la météo. Je dois être un des seuls médecins à faire ça.
À l’image des bateaux et de leurs équipements, vos moyens ont évolués depuis 1989. Quels sont-ils ?
Les premières éditions il n’y avait pas de téléphones satellites à bord des bateaux. Nous communiquions par faxe. Les temps d’échange étaient très longs. Je me souviens quand Bertrand de Broc s’est recousu la langue en 1993, nous avons échangé pratiquement une nuit entière. On peut dire que j’étais précurseur de la télémédecine à l’époque. Aujourd’hui c’est une pratique courante.
Depuis, les communications sont quasiment instantanées et nous avons des images. Les marins sont mes yeux et mes mains : mes yeux pour me décrire ou me montrer et mes mains pour réaliser les soins à ma place.
Quels sont les principaux risques encourus par les skippers au large ?
Avec les risques de chutes, les chocs et le physique très sollicité sur les bateaux, la traumatologie est le danger principal. Au large, la mer est un environnement quasiment stérile donc on ne risque pas d’être infecté par des virus par exemple. Il y a peu de maladies. En revanche il peut y avoir des calculs rénaux, des coliques néphrétiques…
Quelles précautions sont prises par les marins et leurs équipes avant le départ ?
Nous avons mis en place une sorte de bulle pour isoler les coureurs. Les contacts avec eux sont extrêmement réduits pour être sûr qu’ils ne partent pas avec un risque de contamination par la Covid. Cette protection les protège aussi de d’autres pathologies. Je pense qu’il y aura moins de skippers qui naviguerons au départ avec un rhume ou une petite bronchite comme on a pu le voir des années précédentes.
Comment accompagnez-vous leur retour ?
Quand ils reviennent à terre, les coureurs ont pris l’habitude de dormir en sommeil fractionné c’est-à-dire par période d’une heure et demie. La réadaptation à un sommeil classique de 7 ou 8 heures prend du temps.
Le deuxième phénomène concerne la perte d’immunité. Quand on est seul sur un bateau le système immunitaire se met au repos car il n’est pas confronté aux virus. Souvent, au contact soudain de la foule, leur système de défense est brutalement submergé et ils peuvent déclencher des petites pathologies de types bronchites ou maladies virales.
Participerez-vous à la course dans quatre ans ?
J’espère ! C’est une très belle aventure que je partage avec les skippers et leurs équipes. J’espère pouvoir revenir et fêter mon dixième Vendée Globe.
Retrouvez cette interview sous forme vidéo :
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Le Journal de la Vendée n° 299 - septembre 2023
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